Je me souviens encore du moment où j’ai poussé la petite porte du château de Craigmillar pour la première fois. Pas de queue, pas de groupe en goguette, juste le vent d’Écosse et des pierres grises qui semblaient me regarder arriver. Le château de Craigmillar est l’un de ces endroits qu’on garde pour soi, une ruine médiévale posée au sud d’Édimbourg, à peine à quatre kilomètres du centre-ville, et pourtant si loin du tumulte des bus de touristes. Si vous cherchez une alternative au château d’Édimbourg sans sacrifier la profondeur historique, vous êtes exactement au bon endroit.
Pourquoi visiter le château de Craigmillar (et en quoi il diffère du château d’Édimbourg)
Un château médiéval parmi les mieux préservés d’Écosse, loin des foules
Craigmillar, c’est tout ce qu’on aime dans une ruine : des tours encore debout, des couloirs à explorer seul, une cour intérieure où l’herbe pousse entre les dalles. On est loin des files d’attente du château d’Édimbourg, qui accueille plus d’un million et demi de visiteurs par an. Ici, le silence est presque une promesse. Les murs ont tenu depuis le XIVe siècle et ils ont encore beaucoup à raconter.
Un spot idéal pour les fans d’Outlander et les amateurs de ruines « vivantes »
Si vous avez regardé la saison 3 d’Outlander, la cour intérieure de Craigmillar vous sera familière : c’est elle qui incarne la prison d’Ardsmuir, là où Jamie Fraser retrouve ses frères jacobites. Mais même sans ce lien à la pop culture, le château vit. On grimpe sur les remparts, on se perd dans les escaliers en colimaçon, on touche les pierres sans vitre ni barrière. C’est rare, et ça fait toute la différence.
Où se trouve Craigmillar Castle et comment s’y rendre depuis le centre d’Édimbourg
Accès en bus et itinéraire simple pour une demi-journée
Le château se trouve à Craigmillar Castle Road, Edinburgh EH16 4SY, soit environ 4,8 km au sud-est du centre-ville. En bus, c’est très accessible :
- Prenez le bus 33 depuis South Bridge (Princes Street) — trajet d’environ 20 à 25 minutes, départ toutes les 5 à 10 minutes.
- Les bus 24, 38 et 49 desservent également l’arrêt Peffermill Road / Craigmillar Castle Road.
- Depuis l’arrêt, comptez 12 à 15 minutes à pied en suivant le chemin pédestre à travers Craigmillar Castle Park.
- Ticket Lothian Buses : environ 2 £ le trajet simple en 2025.
Je vous conseille de passer par le parc plutôt que par la route, car Craigmillar Castle Road n’a pas de trottoir sur certaines sections. Entrée dans le parc au niveau de Castlebrae Avenue, repérez le panneau brun Historic Scotland.
Accessibilité sur place : ce qu’il faut savoir si vous avez des difficultés à marcher
Le centre d’accueil est de plain-pied, avec un seuil plat. Un chemin goudronné en légère pente de 100 mètres relie le centre au château, avec un banc à mi-parcours. Les escaliers en colimaçon intérieurs sont étroits et irréguliers — un seul câble de corde fait office de rampe, et la lumière y est parfois très faible. Les étages supérieurs (grande salle, chambre, panorama au 4e) sont donc difficilement accessibles aux personnes à mobilité réduite. Les chiens sont bienvenus sur le site mais interdits dans les espaces couverts.
Histoire du château de Craigmillar : repères clés du XIIe au XXe siècle
Origines : des terres monastiques aux Preston et naissance de la maison-tour
Avant d’être une forteresse, Craigmillar était des terres. Le nom vient du gaélique écossais et désigne vraisemblablement une colline rocheuse près d’un plan d’eau. La famille Preston, barons féodaux locaux, commence à bâtir la maison-tour à la fin du XIVe siècle, probablement vers 1374. C’est sur ces fondations qu’un château entier va progressivement s’ériger, couche après couche, sur plus de deux siècles.
XVe–XVIe siècle : fortifications, incendie, reconstructions et vie de baronnie
Au XVe siècle, Sir William Preston fait voyager les pierres jusqu’en France — et ramène des idées architecturales continentales pour agrandir l’enceinte. En 1511, Craigmillar devient officiellement une baronnie. En 1544, les troupes anglaises d’Henry VIII brûlent le château lors du « Rough Wooing » — une tentative d’imposer par la force un mariage entre Édouard, prince de Galles, et la jeune Marie Stuart. Sir Simon Preston fait reconstruire et remanier les bâtiments domestiques intérieurs après cet incendie.
Marie Stuart à Craigmillar : convalescence et « engagement de Craigmillar »
C’est le chapitre le plus troublant de l’histoire du château. Le 20 novembre 1566, Marie Stuart arrive à Craigmillar pour se remettre d’une grave maladie survenue après la naissance de son fils, le futur Jacques VI. Pendant sa convalescence, ses nobles les plus proches — Bothwell, Argyll, Huntly — complotent dans les pièces du château pour éliminer son impopulaire mari, Lord Darnley. Ce pacte, connu sous le nom de « Craigmillar Bond », n’a pas survécu, mais Darnley est assassiné trois mois plus tard à Édimbourg.
Les Gilmour : modernisations, abandon progressif et romantisme des ruines
En 1660, Sir John Gilmour, Lord Président de la Cour de Session, rachète le château et lui insuffle une nouvelle vie. Il modernise les espaces, aménage les jardins, transforme Craigmillar en résidence de prestige. Mais au XVIIIe siècle, les Gilmour préfèrent Inch House, une demeure voisine plus moderne, et quittent définitivement Craigmillar. Le château se vide, se fissure, et entre dans cet état de ruine romantique qui nous touche encore aujourd’hui.
De 1946 à aujourd’hui : protection patrimoniale et gestion par Historic Scotland
Le château est classé monument national depuis plusieurs décennies et pris en charge par Historic Environment Scotland. Depuis 1946, il est ouvert au public et régulièrement entretenu pour garantir la sécurité des visiteurs sans trahir l’authenticité des ruines. La réservation en ligne à l’avance est désormais obligatoire pour garantir votre créneau d’entrée, ce qui contribue à maintenir un nombre de visiteurs raisonnable sur le site.
Comprendre l’architecture de Craigmillar : que voir sur le site
La maison-tour (donjon) : pièces, escaliers et défenses d’origine
C’est le cœur originel du château, bâti en forme de L — un plan typique des maisons-tours écossaises du XIVe siècle. Les quatre étages se visitent par un escalier en colimaçon à vis serrée. Au rez-de-chaussée, une cave voûtée ; au premier, la grande salle ; au troisième, la chambre royale où Marie Stuart aurait séjourné ; au quatrième, le panorama à couper le souffle. Prenez le temps de regarder les détails sculptés au-dessus des portes.
La cour intérieure et le mur d’enceinte : tours, poterne, mâchicoulis
Autour de la maison-tour, une enceinte quadrangulaire fortifiée avec ses tours d’angle circulaires. Les mâchicoulis, la poterne et les consoles de pierre sont encore parfaitement lisibles — c’est de l’architecture défensive dans son état presque d’origine, ce qui est rare. La cour intérieure abrite deux ifs centenaires qui tordent leurs troncs de façon saisissante ; les fans d’Outlander les reconnaîtront immédiatement.
Les bâtiments est et ouest : cuisines, galeries et logements remaniés
Au fil des siècles, les Preston puis les Gilmour ont ajouté des ailes résidentielles le long des murs est et ouest de la cour intérieure. On y trouve les anciennes cuisines, une galerie de bois reconstituée et des pièces dont l’usage a changé selon les époques. Certaines servent aujourd’hui de décor éducatif avec des jouets d’époque pour enfants — dont la salle utilisée dans Outlander pour la scène de Duncan Kerr.
La cour extérieure, la chapelle et le colombier : la « seconde enceinte »
Au début du XVIe siècle, une seconde enceinte est construite autour de la première, créant une vaste cour extérieure. La chapelle familiale, mentionnée pour la première fois en 1523, et le colombier s’y trouvent encore. Ce colombier est un détail qu’on manque facilement : en 1591, c’est là qu’une certaine Agnes Sampson aurait caché une figurine de cire envoûtée, dans une affaire de sorcellerie qui fascinait le roi Jacques VI.
Jardins, vergers et mare aux poissons en forme de P : curiosités à ne pas manquer
En descendant vers la cour extérieure, vous apercevrez les traces des anciens jardins en terrasses et, surtout, la fameuse mare aux poissons taillée en forme de P — initiale de la famille Preston. Elle date probablement du XVIe siècle et servait à conserver les poissons vivants pour la table seigneuriale. C’est un détail discret, presque oublié dans l’herbe, mais quand on le repère, on a l’impression de tenir un petit secret du château.
Itinéraire de visite conseillé : quoi faire en 1h30, 2h ou 3h
Parcours « essentiel » : cour intérieure, donjon et remparts
Pour une visite d’1h30, concentrez-vous sur la maison-tour et la cour intérieure :
- Entrez par la porte principale et repérez les armoiries au-dessus du linteau — c’est exactement ce plan qu’on voit dans Outlander à l’arrivée de Jamie.
- Montez tous les étages de la maison-tour jusqu’au sommet pour le panorama.
- Longez les remparts de la cour intérieure pour voir les tours d’angle et les mâchicoulis.
- Observez les deux ifs tordus dans la cour — leur silhouette est inoubliable.
Ce parcours convient même si vous êtes un peu fatigué ou si la météo est capricieuse. L’essentiel se concentre sur un périmètre restreint.
Parcours « exploration » : pièces couvertes, détails architecturaux et extérieurs
Pour une visite de 2h à 3h, ajoutez :
- Les bâtiments est et ouest avec leurs pièces aménagées — prévoyez une lampe de poche pour les recoins sombres.
- La cour extérieure, la chapelle et le colombier.
- La mare aux poissons en P, les traces de jardins en terrasses et les vergers.
- Une pause sur les pelouses extérieures pour observer le château depuis le bas — la vue sur l’ensemble du site est particulièrement belle de là.
Si vous venez en famille, les enfants adorent le parcours complet : il y a assez d’espace pour courir et assez de recoins pour s’imaginer au Moyen Âge.
Panoramas et remparts : les meilleurs points de vue autour de Craigmillar
Ce que l’on voit depuis la colline (ville, vallée et collines au loin)
Depuis le quatrième étage de la maison-tour, le panorama s’étale dans toutes les directions. On voit Arthur’s Seat, les Pentland Hills, et par temps dégagé la Firth of Forth. En regardant vers le nord, on distingue clairement le château d’Édimbourg perché sur son rocher volcanique — une mise en perspective saisissante entre les deux forteresses. C’est une de ces vues qu’on n’oublie pas, surtout en fin d’après-midi quand la lumière rasante colore les pierres.
Conseils météo : vent, pluie et sécurité sur les hauteurs
L’Écosse, c’est l’Écosse : venez toujours préparés. Sur les remparts et au sommet de la tour, le vent peut être très fort, même en été. Un coupe-vent imperméable est indispensable. Les escaliers intérieurs deviennent glissants par temps humide — les semelles en caoutchouc font toute la différence. La lumière à l’intérieur des escaliers est vraiment très basse ; une petite lampe de poche (ou la torche de votre téléphone) est un vrai plus. Enfin, les herbes alentour sont souvent mouillées le matin — des chaussures fermées s’imposent.
Craigmillar Castle dans la culture pop : séries, films et lieux de tournage
Outlander : reconnaître la cour intérieure et l’ambiance « prison »
Dans Outlander saison 3, épisode 3 (« All Debts Paid »), Craigmillar Castle incarne la prison d’Ardsmuir où Jamie Fraser est détenu après Culloden. La cour intérieure, l’entrée principale avec ses armoiries, les petites pièces voûtées qui font office de cellules — tout est tourné sur place, avec de vrais décors de type militaire : drapeaux, torches, uniformes de Redcoats. Les scènes entre Jamie et Lord John Grey se déroulent notamment dans la cour et près des cuisines. La saison 6 revisitait encore brièvement ce décor. Une fois sur place, le château binder disponible à l’accueil montre des photos de tournage — demandez-le !
Autres tournages notables (séries et films)
Craigmillar a aussi servi de décor à Outlaw King (2018), le film Netflix sur Robert the Bruce avec Chris Pine. L’atmosphère brute et les murs hauts du château en font un décor de choix pour les productions historiques. La disponibilité du site (pas de reconstruction à grande échelle nécessaire) et sa relative discrétion en font une alternative prisée aux grands sites écossais plus connus. D’autres productions ont utilisé ses extérieurs pour des tournages de court-métrages et de clips, mais Historic Environment Scotland reste discret sur les détails.
Infos pratiques : billets, horaires, budget et meilleures périodes
Tarifs et options (dont adhésion Historic Scotland)
La réservation en ligne à l’avance est obligatoire. Voici un tableau récapitulatif des tarifs et options en 2025 :
| Catégorie | Tarif | Notes |
|---|---|---|
| Adulte (tarif standard) | 7 £ | Réservation en ligne requise |
| Enfant (sous 16 ans) | Gratuit | Doit être accompagné d’un adulte de 16+ ans |
| Concession (senior, étudiant) | ~5,60 £ | Justificatif à présenter à l’entrée |
| Carte Young Scot | Tarif réduit | Carte valide à présenter |
| Membre Historic Scotland (renouvellement) | Gratuit | Code RENEW à saisir à la réservation |
| Membre anglais Heritage (1ère année) | 50% de réduction | Adhésion à présenter |
| Explorer Pass Historic Scotland (14 jours) | ~44 £ adulte | Accès à 70+ sites en Écosse |
| Réduction car-free (code GOOD25) | -25% | Arriver en bus, train ou vélo + ticket à montrer |
| Bus Lothian (aller simple) | ~2 £ | Depuis South Bridge / Princes Street |
Si vous visitez plusieurs sites Historic Scotland durant votre séjour (Doune Castle, Linlithgow, etc.), l’Explorer Pass se rentabilise très vite — dès deux ou trois visites selon les sites choisis. Je l’ai pris lors de mon voyage en Écosse et c’était clairement le meilleur achat de tout le trip.
Horaires d’ouverture :
- 1er avril – 30 septembre : tous les jours, 9h30 – dernière entrée 16h30 (fermeture 17h)
- 1er octobre – 31 mars : tous les jours, 10h00 – dernière entrée 15h30 (fermeture 16h)
Combien de temps prévoir et quoi emporter (chaussures, coupe-vent, etc.)
Comptez entre 1h30 et 3h selon votre appétit pour l’exploration. La demi-journée, c’est la formule idéale — ça vous laisse le temps de ne pas courir, de vous asseoir dans la cour, d’attendre que la lumière change sur les pierres. Ce qu’il faut absolument emporter :
- Des chaussures de marche fermées avec une bonne semelle antidérapante — les pavés et les marches sont parfois très glissants.
- Un coupe-vent imperméable, même en été — le vent peut vraiment piquer au sommet.
- Une petite lampe de poche ou votre téléphone bien chargé — les escaliers intérieurs sont sombres.
- De l’eau et un en-cas — il n’y a pas de café ni de restaurant sur place, seulement un petit espace d’accueil.
- Un appareil photo ou un téléphone avec un bon mode nuit pour les intérieurs.
La meilleure période ? Mai, juin et septembre offrent le meilleur compromis entre lumière, météo et fréquentation. Juillet-août, c’est plus de monde et parfois des délais à la réservation. En hiver, les horaires sont réduits mais l’atmosphère est particulièrement sombre et dramatique — un vrai décor de roman gothique. J’y suis allée un mardi de septembre sous un ciel changeant et c’était parfait.







